1. Le Moyen Âge : une période de déclin

Pour bien comprendre et apprécier à sa juste valeur la Renaissance, il est indispensable de rappeler brièvement la situation générale du Moyen Âge. En un mot, c’est une période de déclin assez statique.

a) Développement de la papauté

La religion du Moyen Âge est caractérisée par le développement de la papauté. Les domaines politique, social, culturel et spirituel sont entièrement greffés sur l’Église, dont le chef visible, le pape, assure la médiation avec Dieu. Et tout ce qui n’entre pas dans ce moule est déclaré hérétique. C’est un système pyramidal dirigé depuis le sommet et correspondant à la féodalité dont le sommet est l’empereur.

Les papes ont de plus en plus d’autorité et de moins en moins de piété. D’abord évêque de l’Église de Rome puis devenu pape, le chef de l’Église ambitionne maintenant la domination universelle (Innocent 3 et Boniface 8, notamment). Toute la vie politique, artistique, littéraire, intellectuelle gravite autour de l’Église romaine et de son représentant, le pape.

Quelques papes typiques :

  • Jean 12 (955-964), par exemple, était adultère, incestueux, sacrilège, il invoquait les dieux païens et buvait à la santé du diable. On l’a retrouvé mort dans le lit d’une femme.
  • Innocent 3 (1198-1216), le plus grand pape du Moyen Âge, par contre, était cultivé. Il a lutté contre les Cathares et les Albigeois (dissidents), il a organisé la 4e Croisade et convoqué le 4e Concile de Latran. Il a défini les doctrines des sacrements et de la transsubstantiation (dans l’eucharistie, le pain devient matériellement le corps de Christ). Il a érigé des cathédrales et avait de grandes prétentions financières. Il a imposer un immense respect à toute l’Europe.
  • Innocent 8 avait 25 enfants !

Ensuite, sont apparus des ‘anti-papes’ et une grande pagaille puisqu’ils se sont excommuniés les uns les autres. Certains papes se sont installés à Avignon (durant 70 ans) mais la peste noire a donné la superstition que le remède serait que les papes retournent à Rome. L’Europe a ainsi connu jusqu’à 3 papes en même temps !

b) Théologie

La théologie du Moyen Age a évolué petit à petit pour s’uniformiser, se préciser tout en s’institutionnalisant et en s’éloignant progressivement de la foi des premiers chrétiens. Différents Conciles (rassemblement des responsables de l’Église pour débattre des doctrine et ériger des dogmes) se sont organisés pour dénoncer les hérésies et établir la doctrine dite catholique, c’est-à-dire universelle. C’est un peu comme l’eau d’une source qui produit un ruisseau, devient rivière puis un fleuve. Au début, l’eau est pure et peu abondante mais au fil du cours, elle grossit tout en se chargeant d’impuretés pour devenir impropre à la consommation et même provocant des maladies.

La théologie peut être caractérisée par 3 murailles :

  • Distinction entre clercs et laïques,
  • Monopole de l’interprétation de la Bible (Magistère),
  • Autorité du pape pour convoquer seul un concile.

Au point de vue doctrinal, Thomas d’Aquin (Dominicain) qui a nettement marqué le Moyen Âge. Encore aujourd’hui, 90% de la théologie de l’Église catholique repose sur ses travaux. Inspiré par Aristote, il a cherché à harmoniser la raison et la révélation (scolastique). Pour ces théologiens, la vérité n’est plus à découvrir : elle est établie par l’Écriture, par les Pères et par les conciles.

c) Croisades

L’aspect positif des Croisades a été de refouler les Musulmans qui voulaient envahir le monde. Aussi le contact avec d’autres civilisations et l’exercice de l’hospitalité.
L’aspect négatif, c’est le fanatisme, la haine, la ruine, le développement du culte des saints et des reliques, les nombreuses victimes qui ont trouvé la mort. Finalement tout cela pour rien puisqu’en fin de comptes, les Croisés ont tout perdu.

d) Ordres religieux

Beaucoup de personnes souffraient du déclin spirituel et voulaient un réveil dans l’Église. C’est ainsi que se sont constitués toutes une série d’ordres avec ses règles et ses caractéristiques. Citons :

  • l’ordre de Cluny (Il y eut une sorte de réveil à Châlon-sur-Saône au 10e S.).
  • l’ordre de Citeaux (avec Bernard de Clervaux au 11e S.).
  • les ordres hospitaliers comme celui des Templiers (emplacement du Temple de Salomon, 12e S., ils recrutèrent surtout parmi les chevaliers français)
  • les ordres mendiants (rigides) comme les Dominicains et les Franciscains caractérisés par le vœu de pauvreté eurent du succès et se développèrent rapidement.
  • L’ordre des Augustins et des Carmes (d’abord ermites, puis mendiants) eurent moins de succès au début.

En résumé, le Moyen Âge se caractérise par toutes sortes d’abus justifiant une Réforme en profondeur : superstition, ignorance, divisions, décadence morale y compris du clergé, etc.

2. Les courants religieux à la fin du Moyen-Age

Les principaux courants religieux de la fin du Moyen Age constituent ce que l’on appelle la pré-Réforme.

A cet effet, une ligne du temps permet de mieux situer les événements dans le temps et l’espace par rapport à l’Antiquité.

Le Moyen Age divisé en 3 parties :

  • Haut = primitif, invasions germaniques…
  • M-A proprement dit = période de stabilité.
  • Bas = période mouvementée, de révolte… qui annonce déjà la Renaissance.

Jusqu’au 11eS, l’Eglise n’a pas connu de dissidences majeures mais au moment où elle semblait arriver au sommet de sa puissance des mouvements de réactions sont apparus. Il y en a eu plusieurs qui n’ont pas eu d’effets décisifs, comme certains prédicateurs anticléricaux isolés et rapidement condamnés au bûché.

Mais on constate que l’époque dite de la pré-Réforme se concentre surtout entre le 12e et le 15eS avec Pierre Valdo le français, l’anglais John Wicliffe et Jean Hus de Prague en Bohème, suivis de près par Luther et Calvin au 16eS et qui ont véritablement déclenché ce mouvement de Réforme. C’est dans cette période très courte que se sont produits les premiers grands changements.

La « pré-Réforme » ou « première Réforme » est une période pendant laquelle on entrevoit déjà une ouverture vers un possible changement des mentalités.

a) Le mouvement vaudois (12eS)

La devise du mouvement des Vaudois était « la lumière luit dans les ténèbres ». Il se rencontrait essentiellement en Provence, dans le Languedoc, le Dauphiné et en Lombardie mais il se répandit aussi sur tout le continent européen où il fut très persécuté.

Il doit son origine à Pierre de Vaulx (Valdo), riche marchand de Lyon qui se convertit en entendant le récit du jeune homme riche. Il vend tous ses biens et avec l’aide de deux prêtres il traduit le NT en langue vulgaire. Ensuite il devient prédicateur itinérant pour faire la lecture de la Bible à tous, il prêchait la pauvreté et « l’imitation du Christ » ce qui ne l’a pas empêché d’être considéré, avec ses disciples, comme hérétique. Il ira même jusqu’à Rome en vue d’obtenir l’approbation du pape pour ses traductions et avoir la permission de prêcher, ce qui lui est refusé. Il est ensuite rejeté et condamné.

Mais l’inquisition a eu difficile à condamner les Vaudois parce qu’ils n’apportaient pas de doctrines nouvelles, ils combattaient certaines doctrines non bibliques du catholicisme :

  • Ils refusaient les sacrements des prêtres.
  • Ils ne se confessaient pas.
  • Ils réclamaient un retour de l’Eglise et du pape vers la Bible pour qu’ils vivent dans la pauvreté apostolique comme lui la pratiquait.
  • Il se distinguaient par leur attachement au texte biblique, l’appel à la conversion et à la piété personnelle.
  • Ils combattaient la doctrine du purgatoire et du culte des saints.

b) John Wycliffe (14eS)

John Wycliffe était docteur en théologie à Oxford. Il tenait à l’ancienne conviction que seule la Bible devait être le fondement de l’Eglise ce qui l’amenait à critiquer lui aussi la papauté, la hiérarchie, plusieurs sacrements et aussi les richesses de l’Eglise qui devait selon lui abandonner tous ses biens (il se rapproche fort de Valdo).

Il soutient aussi que tout appartient à Dieu qui délègue son pouvoir aux hommes. Mais pour lui un homme pécheur ne peut exercer de pouvoir ni sur les hommes, ni sur la nature. Donc il dit que la loi civile est nécessaire et que les rois doivent être aussi chargés de faire respecter la loi de l’évangile. (Calvin se rapprochera de cette idée). Pour lui, la réforme ne viendra pas de l’intérieur de l’Eglise mais bien de la contrainte de l’Etat.

En résumé on peut dire que :

  • Pour lui la Bible faisait seule autorité en matière de foi.
  • Il s’élève contre l’immoralité des moines et l’avarice des papes.
  • Il rejette la papauté et la tradition.
  • Il combat aussi plusieurs erreurs comme la transsubstantiation.

Les mesures de répression prises contre Wicliffe ont été inefficaces, car il bénéficiait de l’appui de la bourgeoisie,  mais ses disciples qu’on appelait les « Lollards » (gens qui parlent à voix basse) furent cruellement persécutés à partir de 1400. Malgré cela ils se sont quand même maintenus jusqu’à la Réforme.

c) Jean Hus (14eS-15eS)

Jean Hus vivait à Prague en Bohème. Il était un théologien très prudent. Il marche sur les traces Wycliffe. Sa devise est « la vérité vaincra ».

 

 

 

Dans ses prédications :

  • Il reprend des passages de Wycliffe.
  • Il utilise sa pensée pour réformer l’Eglise.
  • Il critique comme lui l’institution de l’Eglise.
  • Il insiste particulièrement sur l’autorité unique des Ecritures, il proteste contre le culte des images, le trafic des indulgences, la corruption du clergé.

Et bien qu’il ne dise rien au niveau dogmatique, il inquiète de plus en plus les théologiens qui reconnaissent le style de Wycliffe et qui demandent au pape sa condamnation. Il est interdit de prédication mais il refuse de se soumettre et il est excommunié.

De plus, quand le pape prêche une indulgence pour l’aider dans sa lutte contre le roi de Naples, Jean Hus crie au scandale. Il n’en fallait pas plus, il est conduit devant le concile de Constance où on le somme d’abjurer ses propos et ses écrits, ce qu’il refuse. Il est condamné au bûché. Ses disciples se convertiront plus tard au luthéranisme.

3. Situation religieuse au début du 16eS

Au début du 16eS, on constate l’existence d’un fossé de plus en plus important entre la vie des simples croyants et les activités des théologiens et de l’Eglise officielle. La grande masse des chrétiens laïcs était exclue des discussions théologiques.

a) Pourtant il existait une forme de piété populaire

  • Les hommes en général recherchaient une piété plus manifeste, la pratique des vertus.
  • Il y avait aussi une sorte d’obsession presque maladive pour les miracles, une augmentation considérable des pèlerinages avec flagellation, l’ouverture de musées de reliques, etc.
  • Ces formes de piété populaire dégénéraient parfois en persécutions des juifs et en chasse aux sorcières. C’était une foi populaire qui contenait une force, un pouvoir énorme et elle exprimait une profonde aspiration de salut.

b) Les laïcs et les clercs

Ils lisaient surtout les Evangiles et les Actes ainsi que les écrits des Pères de l’Eglise. Mais, le grand livre à succès le plus imprimé à cette époque était « l’Imitation de Jésus-Christ » où l’âme dialogue avec Jésus-Christ comme avec un ami.

–> C’est un courant de renouveau que l’on appelait « la dévotion moderne » venu des Pays-Bas au 14eS. Il était connu et estimé par Luther. Il consistait en une vie active, une charité véritable, la prédication –> mais tout cela ne passe pas, n’accroche pas.

Plus tard on parlera plutôt d’Evangélisme, c’est un mouvement qui va allier la culture humaniste avec cette piété intense issue de la dévotion moderne. L’Evangélisme se nourrira des idées de Luther et d’Erasme mais n’évoluera pas non plus dans le sens de la Réforme  –> tentatives qui n’aboutissent pas.
Il en découle que les hommes rêvaient d’un monde meilleur, d’un ciel peuplé d’anges mais étaient hantés par le Jugement dernier, la peur des démons, des sorcières.
–> imagerie très forte et très présente.

Par tous les moyens donc, on cherchait à sauver son âme pour accéder au paradis et c’est alors qu’apparaît une solution de facilité : le système de la vente des indulgences, une erreur qui allait avoir des conséquences considérables. La pratique de la pénitence existaient depuis longtemps mais au début l’Eglise n’en faisait pas
commerce : pèlerinages, croisades, jeûnes, flagellations.

Ce n’était donc pas un nouveau système contre lequel Luther s’est insurgé, il existait déjà depuis l’époque de la pré-Réforme.

c) Fonctionnement du système des indulgences

L’Eglise menaçait les pécheurs impénitents des peines éternelles (enfer) et les moins fautifs d’un séjour plus ou moins long au purgatoire après leur mort, sorte d’antichambre du paradis. Pendant leur vie, les gens pratiquaient donc toutes sortes de pénitences pour s’acquitter de leurs fautes (pèlerinages, croisades, flagellations, jeûnes, etc.) et diminuer de la sorte leur séjour au purgatoire.

L’Eglise prétendait pouvoir influencer les châtiments divins. Car à cause de sa multitude de saints, elle prétendait avoir à sa disposition un superflu de bonnes oeuvres, qu’elle pouvait administrer à son gré. Donc l’Eglise enseignait le salut par les oeuvres et ceux qui n’en n’avaient pas comptabilisé assez, avaient la possibilité d’en acheter à ceux qui en avaient accumuler en suffisance (les saints). Elle proposait alors des alternatives, comme l’achat d’indulgences qui avaient soi-disant le pouvoir de libérer ou de diminuer le temps à passer au purgatoire pour la punition des péchés.
–> de ce fait l’Eglise, en vendant des indulgences, satisfaisait le désir de salut du peuple en même temps que ses besoins financiers.

4. L’humanisme

L’humanisme apparaît au cœur du Moyen Age dans le contexte d’un enthousiasme pour la littérature classique grecque et latine. Ainsi, Erasme de Rotterdam a fait un grand travail dans l’élaboration du texte grec du N.T. comme Reuchlin pour l’hébreux biblique. De plus, l’invention de l’imprimerie (1450) par Guttenberg permettra la diffusion de la Bible à bas prix et sur une grande échelle. La renaissance littéraire a donc grandement contribué à l’étude de la bible, caractéristique de la Réforme et du protestantisme.

Luther a été influencé par l’humanisme de son époque, notamment quand il a fréquenté l’université d’Erfurt. Il y avait là beaucoup de poètes critiquant l’Eglise, ses pratiques et ses dogmes. Les réformateurs Zwingli et Bullinger, Calvin et Théodore de Bèze considèrent la Bible d’une manière purement humaniste, c-à-d qu’ils
ont recours à la critique textuelle.

En 1509, Érasme adresse une satire à l’encontre des moines :
… La plupart s’appuient sur leurs cérémonies et leurs traditionnettes tout humaines avec tant d’assurance qu’à leurs yeux, il n’y aura pas trop d’un paradis pour les récompenser dignement de tant de mérites.

Et contre les papes, il dira :
Et les Souverains Pontifes, qui tiennent la place du Christ… S’ils s’efforçaient d’imiter sa vie, sa pauvreté, ses travaux, son enseignement, sa croix…
Érasme espérait rester spectateur du conflit entre Rome et Luther, partagé entre sa sympathie pour lui et sa crainte du parti catholique. Finalement, il attaquera Luther sur le libre arbitre de l’homme en face de Dieu (volonté de l’homme dans son choix par rapport au salut).

L’humanisme fut condamné au concile de Trente au profit de la scolastique (enseignement philosophique et théologique basé sur la tradition aristotélicienne ; se dit aussi de toute doctrine considérée comme dogmatique et sclérosée).

Il y a d’autres caractéristiques à l’humanisme. Il se veut optimiste dans la nature humaine. Il se caractérise par une exaltation de l’homme, il veut porter le plus haut possible ses connaissances, son intelligence, sa raison.
« seul le savant est vraiment un homme ». Jean Pic de la Mirandole (humaniste italien) écrit : « l’homme est son propre éducateur et son propre maître en toute liberté ».

Tout savoir, tout posséder, c’est le conseil que Gargantua donna à son fils Pantagruel (roman de Rabelais en 1534). Il dit encore qu’en pleine liberté l’homme cultivé ne peut vouloir que le bien. L’humanisme n’a pas que le culte du savoir, il a aussi le culte de la beauté, et veut vivre entouré d’œuvres d’art…