Introduction

On peut considérer qu’il y a eu des re-naissances de l’Église ici et là un peu à toutes les époques. Mais rien n’égale la Réformation du 16e siècle. La Réformation débute officiellement avec l’affichage des 95 thèses de Luther mais son ferment était présent depuis au moins un siècle comme nous l’avons vu avec la ‘première réforme’.

Nous ne sommes toutefois pas là pour idolâtrer Luther. Cet homme a eu ses qualités et ses défauts, et il convient d’exposer les faits avec impartialité. A chacun de juger ce qu’il y a à retenir comme bons exemples à imiter ou comme mauvais exemples à éviter.

Nous nous situons à la fin du Moyen Âge, et déjà une nouvelle ère se fait sentir. Une longue période de gestation a préparé la conscience religieuse bien avant le 16e siècle. L’humanisme, le déclin du Moyen Âge, la superstition, l’ignorance des gens, la décadence morale, les divisions, la domination d’un clergé corrompu et tyrannique, etc. étaient autant d’éléments préparant cette nouvelle ère. Des réactions énergiques de la part de courageux avaient tenté quelque chose : se sont les premiers réformateurs qui ont payé de leur vie leur désir de suivre la voie du Seigneur. Luther a eu la chance d’être écouté par la population et de pouvoir soulever
massivement le peuple contre les excès du clergé. Le ras-le-bol était tel que cela ne pouvait plus continuer. A cela s’ajoute la redécouverte de la sagesse grecque, le renouveau de l’esprit d’audace ravivé par les conquêtes du Nouveau Monde.

1. Situation politique au début du 16eS.

Les conditions de succès de la Réforme protestante du 16e S. ne se situent pas uniquement au niveau des actions de Luther. Luther et l’ouverture qu’il proposait est justement arrivé au bon moment, alors que la société occidentale était en crise et en mutation.

a) Les causes de la Réforme

En crise car il y avait à ce moment une sensibilité religieuse très vive, un anticléricalisme dirigé contre les privilèges et l’ignorance des clercs. En mutation car les consciences commençaient à s’ouvrir sur le monde.

1. La société est secouée par les découvertes géographiques et scientifiques du 15eS

  • Les grandes découvertes (Ch. Colomb : Amérique – V.de Gama : Cap de Bonne Espérance).
  • L’imprimerie (Guttenberg).
  • Les progrès de la médecine (Vésale).
  • L’astronomie et les mathématiques (Copernic, Galilée, Mercator).

2. La société explose littéralement sous la pression démographique, sociale et politique

  • Éradication des épidémies de peste (la population augmente).
  • Déclin de la chevalerie et de la petite noblesse.
  • Apparition des villes (bourgeois, artisans, commerçants).
  • Établissement du droit civil (avant –> droit seigneurial).

3. La société s’émancipe par les développements économiques et culturels

  • Développement de l’industrie textile et métallurgique.
  • Apparition des grandes familles bancaires (Fugger d’Augsbourg).
  • Développement artistique (Michel Ange, L. de Vinci).
  • Développement intellectuel (Humanisme : Erasme).

Toutes ces conditions n’existaient pas auparavant, ce qui explique pourquoi les autres tentatives de réformes ont échouées jusque là.

b) Charles Quint

Passer du Moyen Age à la Renaissance sans parler de Charles V est impensable car c’est au sein de son empire que les consciences se sont d’abord révoltées puis libérées et ensuite propagées. Charles V a grandi dans ce climat.
Nous sommes en 1500 et à partir de cette époque on peut dire que le mode de vie du Moyen Age est révolu et que son mode de pensée est en passe de l’être : c’est une plaque tournante vers plus de liberté de culte, d’expression, de diffusion des idées et c’est dans ce cadre que va se développer alors la Réforme proprement dite.

Charles V… Qui est-il ?

Il s’appelait Charles de Habsbourg, un tout jeune homme, qui devient l’héritier d’un immense empire. Il bénéficie à sa naissance d’un héritage très avantageux :

  • Du côté paternel, il est issu de la famille de Bourgogne préalablement alliée à la maison de Flandre, ensuite alliée à la famille d’Autriche.
  • Du côté maternel, il est issu de la famille de Castille alliée à la famille d’Aragon.
  • De par son père il hérite l’Autriche, la Flandre, l’Artois et la Franche Comté.
  • De par sa mère il hérite des royaumes d’Espagne, de Naples, des colonies d’Amériques récemment annexées à l’Espagne par Ch.Colomb.

–> Il pouvait donc affirmer que sous son empire le soleil ne se couchait jamais!

Charles de Habsbourg acquiert donc déjà un certain prestige en tant que souverain de tels territoires.

- En 1519 (à 19 ans) il se porte candidat à la couronne du Saint Empire Romain Germanique…mais il n’était pas le seul !
- Il y avait l’électeur de Saxe mais surtout, un autre roi, qui par sa puissance et ses richesses, pouvait lui aussi prétendre à cette fonction, c’était François Ier, roi de France, son principal rival.

Le Saint Empire Romain Germanique était un gigantesque ensemble de 300 entités territoriales, difficilement gouvernables car indépendantes les unes des autres.

L’Empire Germanique était constitué de principautés régies par des princes électeurs allemands auxquels les candidats au pouvoir versaient des florins ou des écus

pour assurer leur vote. Mais Charles de Habsbourg bénéficie de soutiens bancaires importants (Fugger) et distribue aux princes électeurs des lettres de change

payables après élection. Il fut donc préféré aux autres et élu empereur du Saint Empire Romain Germanique (corruption!)

L’ambition de Charles V était d’établir un empire universel permettant d’assurer la paix nécessaire à l’épanouissement de la foi catholique dont il se faisait le fervent défenseur.

Mais cette ambition était toujours conditionnée par ses rapports avec la papauté et réveillait aussi la vieille querelle médiévale entre la papauté et l’empire telle qu’elle existait depuis Charlemagne. Charlemagne gouvernait l’Empire et l’Eglise qu’il identifiait totalement l’un à l’autre et le pape était confiné à un rôle sacerdotal : la prière.

–> Le Saint Empire Romain Germanique tel qu’il existait au temps de Charles V est créé par Othon Ier (1er empereur germanique) qui apparaît aussi comme le roi des évêques. Il va unifier l’Empire et l’Eglise qui devient alors la 2e force de l’Empire Germanique.
Sur le plan politique, les grands souverains de l’époque : Charles V  -  François Ier  -  Henri VIII  -  le pape s’entre-déchirent et forment entre eux des alliances précaires et changeantes.

Les Turcs, conduits par le Sultan Soliman de Magnifique, menacent considérablement l’Europe.

Et pour terminer, comme si ses problèmes ne suffisaient pas, Charles V  dû faire face dès 1517, donc deux ans avant d’être couronné empereur, aux soulèvements religieux provoqués par M.Luther et ses 95 thèses.

2. Luther, le grand Réformateur (1483-1546)

a) Son histoire

Pour bien comprendre la personne de Luther, il est important de connaître son arrière-plan. Il s’inscrit dans un jeu politique entre le Vatican, le jeune empereur Charles Quint et l’Électeur de Saxe. Luther prit le parti de Frédéric 3 le Sage, le moins mauvais des camps, ce qui lui valut néanmoins une dépendance politique. Il devra lutter contre les mouvements de libération sociale et nationale de la petite noblesse et surtout des paysans, qui voient dans son action le début d’une révolution destinée à renverser l’ordre établi. Il distinguera la liberté chrétienne et la liberté politique en optant pour un pouvoir fort exercé par des autorités chrétiennes.

Qui était-il au juste ? (Les parties en italiques proviennent de l’histoire rythmée de Muriel)

Nous allons remonter dans le temps… pour nous retrouver il y a environ 500 ans ! Nous sommes à l’époque de Charles Quint, dans une petite ville de Saxe, en Allemagne, là où vit Martin Luther.

La famille de Martin est de condition modeste. Son père, Hans, est contremaître dans une usine de cuivre. Il lui donne une éducation correcte mais sévère car il a de l’ambition pour son fils. Il espère bien qu’un jour il devienne avocat ! Martin a beaucoup de chance, il peut étudier à l’école latine, et ensuite commencer des études de droit.

Martin Luther naquit le 10/11/1483 dans une famille de petits-bourgeois d’origine paysanne. Son père au caractère rude et intéressé travaillait dans un mine de cuivre. Sa foi d’enfant sera nettement marquée par les colères et les châtiments paternels. Cela a certainement contribué à voir dans le Père céleste des accents de sévérité et de jugements divins. Sa mère sensible et superstitieuse lui donnera comme héritage une croyance dans les esprits bons et malins.

A 14 ans, il entre dans une école catholique privée des frères à Magdebourg : premier contact avec la Bible. A 17 ans, il entre à l’université d’Erfurt et devient maître en philosophie et en droit. Il y fréquente un cercle d’humanistes.

Alors qu’il se prépare à entrer à l’université, Martin traverse un orage violent, quand soudain, un éclair tombe à ses pieds. Martin est foudroyé ! Non, il n’est pas mort. Il en réchappe de justesse, mais il est très impressionné. Il croit que Dieu lui est venu en aide et il veut lui consacrer sa vie. Il veut devenir moine ! Martin a 22 ans. Il entre au couvent des Augustins. Il étudie la théologie et enseigne à l’université.

La vie rude des moines lui plaît. Mais il se rend compte que malgré ses jeûnes et ses prières, il ne trouve pas la paix intérieure. Il reste inquiet, oppressé, angoissé. Comment être sûr d’être sauvé ?, se demande-t-il. Martin a peur de la mort. Il a peur de la colère de Dieu. Il voit Dieu comme un juge qui condamne les pécheurs.

Un  jour, en lisant sa Bible, il découvre quelque chose d’extraordinaire : « Je me sens renaître », dit-il ! Que s’est-il passé chez Martin ? Il n’a plus peur maintenant, il est soulagé. Maintenant il sait ! Dieu pardonne, gratuitement, tous les hommes qui ont la foi. Sans… devoir… pratiquer de pénitences, sans rien devoir payer à l’Eglise, ni messes, ni pèlerinages.

Son avenir est prometteur mais sa quiétude est ombragée par une question existentielle. Il est hanté par l’idée du jugement divin. Sentant l’insuffisance de sa piété et de ses œuvres, il demeura dans une terreur de la colère divine. Sa question est : « Comment est-ce que j’obtiens un Dieu miséricordieux ? » (litt.). Pendant longtemps, il n’arrivera pas à calmer sa conscience, même au prix de terribles austérités. C’est ainsi qu’il entra soudainement, en 1505, au couvent des Augustins. Après 2 ans, il est ordonné prêtre et étudie la théologie. Bientôt il aura le titre de docteur en théologie.

C’est en étudiant la Bible (qu’il devait expliquer dans un cours) qu’il découvre la justification par la foi (1507-14). Il comprend qu’être juste, ce n’est pas accumuler pénitences et confessions mais se soumettre au verdict de la justice de Dieu. En lisant Habacuc 2 :4 (Le juste vivre par la foi). Il dit : ‘Je me sentis renaître, et il me sembla être entré, par des portes largement ouvertes, au paradis même.’ Ses deux grands piliers furent : la foi seule et l’Écriture seule. Il comprend que la foi est premièrement une expérience individuelle (salut personnel). Sa joie est comble et son angoisse disparaît. Il cherche à communiquer son enthousiasme mais se heurte le plus souvent à l’incompréhension.

Il donne des cours et a enfin l’occasion d’aller à Rome en 1511. Il en revient complètement déçu par le luxe de l’entourage du pape et par leur manque de piété.

Or, justement, le pape Léon X a besoin de beaucoup d’argent pour construire la basilique St Pierre à Rome. Le pape charge un moine  de parcourir toute l’Allemagne pour y vendre des indulgences, de vulgaires certificats de papier, qui ont, soi-disant, le pouvoir d’effacer les péchés des vivants mais aussi des morts…!

Et ça marche! Les gens achètent des indulgences. C’est un véritable succès. L’argent coule à flots dans les bourses du pape. Martin Luther est SCAN-DA-LI-SE. Il a l’intention de dénoncer cette pratique.

Non, Luther n’est pas un révolutionnaire. Il respecte le pape et l’Eglise, mais il a un tempérament passionné. Il veut démontrer que l’Eglise se trompe.  La seule véritable autorité, dit-il, c’est la Parole de Dieu.

b) Le début de la Réforme

En 1517, éclate donc l’affaire des indulgences. C’est la goutte qui fait déborder le vase. Cette doctrine prétend qu’on peut acheter le pardon des péchés. Cet argent devait servir à finir la construction de la basilique St Pierre de Rome. Des moines faisaient du porte-à-porte. L’un d’eux, un certain Tetzel, disait : « Sitôt que dans le tronc l’argent résonne, Du purgatoire brûlant l’âme s’envole » ! Luther est scandalisé. Il faut dire que cette affaire s’inscrit aussi dans une rivalité entre Dominicain et Augustins.

Il met alors au point 95 thèses, 95 propositions, pour discuter de cette fameuse question des indulgences avec ses collègues. Mais nous sommes à l’époque où l’imprimerie se développe, et les thèses de Luther se répandent comme une traînée de poudre à travers toute l’Allemagne !

Le pape est fort irrité. Son autorité est contestée, remise en question. Martin est conscient du danger. Il risque d’être brûlé vif pour ce qu’il a écrit. Le pape espère bien tourner la situation à son avantage. Il envoie auprès de Luther plusieurs représentants chargés de le faire changer d’avis. Mais Luther REFUSE de retirer ce qu’il a écrit. Rien ne va plus. C’est la rupture ! Le pape lance une condamnation contre lui et le chasse hors de l’Eglise.

Pourtant Luther n’en démord pas. Au beau milieu de la place publique, avec ses étudiants, il allume un bûcher et jette au feu des règles de disciplines de l’Eglise catholique.

L’empereur Charles-Quint, qui vient d’arriver en Allemagne, est mis au courant de ce qui se passe. Il entend parler des idées de Luther et le convoque à  venir s’expliquer. Lui aussi, il veut qu’il retire les 95 thèses qu’il a écrites. Mais Luther dit :  »Je ne peux pas me rétracter, sauf si la Bible, me convainc d’être dans l’erreur ».

Luther tient tête, il maintient ses idées, mais la sentence tombe. Martin Luther est mis au ban de l’empire ! Il est considéré comme un hors la loi et s’il veut rester en vie, il doit se taire,  et partir.

Le 31/10/1517, la veille de la Toussaint, Luther afficha 95 petites phrases sur la porte de l’Église du château de Wittenberg. Cette date marque le début de la Réformation. Ces phrases affirment que les indulgences ne sont d’aucun usage et que seule la croix du Christ sauve.

Quelques exemples de ces phrases appelées thèses :

27 : Ils prêchent des inventions humaines, ceux qui prétendent qu’aussitôt que l’argent résonne dans leur caisse, l’âme s’envole du Purgatoire.
28 : Ce qui est certain, c’est qu’aussitôt que l’argent résonne, l’avarice et la rapacité grandissent… Tout chrétien vraiment contrit a droit à la rémission entière de la peine et du péché, même sans lettres d’indulgences.
62 : Le véritable trésor de l’Église, c’est le très saint Évangile de la gloire et de la grâce de Dieu.
63 : Mais ce trésor joui naturellement de peu d’estime ; car par lui, les premiers deviennent les derniers.
65 : Les trésors de l’Évangile sont des filets au moyen desquels on pêchait jadis des hommes adonnés aux richesses.

Cela produisit une effervescence telle qu’on en parlait dans toute l’Allemagne. Le cardinal d’Augsbourg lui demanda de se rétracter mais Luther refusa. Le pape en est averti. Il est d’abord indulgent mais finit par l’appeler à Rome. Luther refuse d’y aller. Il est protégé par Frédéric le Sage, Électeur de Saxe. Il gagne l’enthousiasme des étudiants. Plusieurs personnes s’en mêlent. Tetzel réplique par des anti-thèses.

En 1518, Luther est déclaré hérétique (donc peut être tué). Il étudie l’épître aux Romains et affermit sa découverte que le juste vivra par sa foi à l’exclusion des œuvres. Deux ans après, il publie un certains nombre de livres et ça chauffe de plus en plus. Luther reçoit la bulle papale d’excommunication (malgré ses tentatives
de dialogue par correspondance avec le pape) et la brûle sur la place publique. La rupture est totale. On lui donne 60 jours pour changer d’avis.

En 1521, l’empereur Charles Quint convoque une diète (assemblée de princes et de représentants religieux des principales villes) à Worms. Les ¾ de l’Allemagne se sont ralliés à sa cause. Soutenu par la majorité, il se rend à Worms et refuse  toujours de se rétracter.

Heureusement, ses amis veillent sur lui. Sur le chemin du retour, les soldats de son prince Frédéric-le-Sage, le duc de Saxe, l’enlèvent pour le cacher dans un château. Afin de brouiller les pistes, Martin déguise son apparence et change de nom : A partir de ce jour, il ne s’appelle plus Martin Luther mais « Chevalier Georges » le temps de se faire oublier.

Isolé dans ce grand château, Martin se sent seul contre tous. Alors il correspond en cachette avec ses amis et se met au travail. Il écrit beaucoup, et profite de cette période de tranquillité pour traduire le Nouveau Testament en allemand.

Un an plus tard, l’empereur et le pape ont d’autres soucis en tête et ne pensent plus à Luther. Fini, donc, le temps du silence ! Il faut que Luther coure à la ville pour défendre l’Evangile en personne et calmer les esprits. Car il faut bien le dire ces idées nouvelles ont fait du remous dans la région !

Martin prend des risques, il le sait bien. Tout le monde n’est pas d’accord avec lui. Tant pis ! Martin va de villes en villages, il affronte des foules surexcitées qui parfois, encerclent sa diligence et le bombardent de pierres.

Pourtant,  pendant ce temps-là, le Nouveau Testament que Luther avait traduit, se vend comme des petits pains ! Martin est naïf, il ne s’imagine pas encore qu’une nouvelle Eglise, qui soutient ses idées, commence tout doucement à se former.

Il n’en demandait pas tant ! Il  voulait juste que l’Eglise reconnaisse ses erreurs. Maintenant, un grand mouvement est lancé que ni Luther, ni personne,  ne peut plus arrêter.

Presque toute l’Allemagne est pour lui, ainsi que l’Autriche, la Hongrie, la Lettonie, les Pays-Bas, la Suisse, la France ainsi que les pays scandinaves.

Luther n’a pas voulu créer une nouvelle religion son but était de réformer celle qui existait. Mais il se rend compte qu’il doit déposer ses habits de moine. Il se marie avec une ancienne nonne, Catherine de Baura, et aura 6 enfants. Il continue de diffuser toutes sortes d’ouvrages, notamment le petit et le grand catéchismes.
Malheureusement, il n’a pu réaliser sa vision de l’Église car il fut obligé d’avoir recours d’une part à la coopération de l’État, d’autre part à des formes juridiques. Il laissa les princes organiser l’Église et lui donner un régime juridique’(1).

En 1526, l’empereur convoque une nouvelle diète à Spire. Il voulait en finir avec les luthériens. Cette même année, Luther durcit le ton, non seulement envers les ‘papistes’ mais encore envers tous les chrétiens évangéliques qui, par obéissance à la Parole de Dieu, ne peuvent le suivre dans sa conception de l’Église territoriale, de la régénération baptismale et de la sainte cène offerte aux masses (2). A la fin de sa vie, il regrettera ce compromis politique.

En 1529, l’empereur convoque encore une diète à Spire. C’est là que les princes réformés ont protesté (d’où le nom de protestants). En 1530, les Luthériens ont soumis une confession de foi à Charles Quint. Dès cette année, Luther approuve la mise à mort de tous ceux qui contredisent sa doctrine. Dans un commentaire, il
déclare que tous les chrétiens qui prêchent et enseignent publiquement la Parole de Dieu sans être pasteur doivent être exécutés, cela « même s’ils enseignent correctement » (3).

En 1531, les Luthériens réagissent contre les catholiques en créant la ligue de Smalkalde, c’est-à-dire que si tel endroit est attaqué par les catholiques, les autres viennent à la rescousse.

En 1546, Luther se couche et meurt. Ses dernières paroles sont des citations de l’Évangile.

c) La doctrine de Luther

Sa devise était : l’Écriture seule, la grâce seul et la foi seule. Il remet en cause l’autorité du pape et lui substitue l’autorité de la Bible. Il croit qu’elle est intelligible pour tous croyants, d’où sa traduction en allemand. Par réaction, les catholiques interdiront la Bible pendant 400 ans (changement en 1925 avec bibles annotées). La prédication explicative de la Bible est très importante. Il croit à la faillite des conciles face à la Bible.

Il croit à la prédestination au salut et il nie toute participation humaine à l’acquisition du salut.

Il croit au sacerdoce universel : tous les baptisés sont prêtres de Dieu pour le monde. Il organise l’Église d’une manière hiérarchique mais réduit la distance entre pasteurs et laïques en supprimant le célibat des ecclésiastiques.

Il croit dans la responsabilité de tous les fidèles dans le gouvernement de l’Église.

Il distingue les domaines politique et religieux. L’État joue son rôle dans la répression mais le domaine spirituel échappe aux autorités civiles (neutralité de l’État). Toutefois, les autorités civiles sont chargées du bon ordre dans l’Église (interdiction messe catholique et obligation d’assister aux prêches). Pour maintenir le bon ordre, il pria les princes de désigner des inspecteurs ecclésiastiques chargés de visiter les paroisses (césaro-papisme).

Il garde uniquement deux sacrements : le baptême et la cène. Il dénonce la transsubstantiation (le pain qui devient matériellement le corps de Christ) mais défend, comme Calvin, la réalité de la présence du Christ dans cette célébration (consubstantiation). Il réfute l’interprétation symbolique (zwinglienne).

Il distingue entre l’Église visible et l’Église (du Christ) invisible.

d) L’influence de Luther chez nous

En Belgique, le premier foyer de la Réforme luthérienne fut le couvent des Augustins à Anvers. Ce couvent fut fermé en 1523. Tous les moines suspects d’hérésie passèrent devant un tribunal à Vilvorde. Henri Voes et Jean Van Esschen n’abjurèrent pas leur foi et furent tournés en dérision sur la grand’place de Bruxelles.
Comme le clergé n’avait pas le droit de prononcer la peine capitale, il furent ramenés dans leur cachot. Plus tard, ils furent brûler sur le bûcher. Ce sont les 2 premiers martyrs de la Réforme.

Peu d’Églises prirent leur essor dans nos régions (Anvers, Bruxelles et Gand) à cause d’une inquisition performante. D’autre part, Luther n’était pas favorable aux Églises clandestines.

e) Luther : conclusion

En résumé on peut dire que Luther était un homme courageux, il a risqué la mort comme les premiers réformateurs. Il a été très clair et très ferme. Luther a beaucoup agit sur le plan politique. Il obligeait que les gens prennent la religion du prince ou du duc gouvernant.

Il n’a pas voulu créer une nouvelle religion, il voulait seulement réformer la seule qui existait en Occident. Cependant, comme il a été exclu, il a dû organiser ses partisans en une nouvelle Église. Dans cette Église luthérienne, il était intransigeant.

Par son courage, Luther a beaucoup contribué à quitter le Moyen Age pour commencer une ère nouvelle. Cette époque était enfin mûre pour un changement complet de mentalité. Luther permettra à un pouvoir féodal, celui des princes, de s’affirmer contre le centralisme autoritaire de l’empereur (Hus, au contraire, vise à donner au peuple la responsabilité de son propre gouvernement).

Aujourd’hui (en 1976 d’après le Larousse), il existe environ 75 millions de Luthériens dans le monde dont 57 en Allemagne et dans les pays scandinaves.


1 E. Brunner : Le malentendu de l’Église, p. 121, cité par Alfred Kuen, Je bâtirai mon Église, p. 217.
2 Alfred Kuen, Je bâtirai mon Église, p. 218.
3 Idem, p. 218.