Introduction

Nous voici déjà arrivés à notre dernière rencontre. Le sujet du jour est : Les renaissances… où en sommes-nous ? Ce qui choque dans ce titre, c’est le mot renaissances au pluriel. Nous connaissions la Renaissance, période qui va du 15e au 16e siècle et qui est un mouvement littéraire, artistique et scientifique qui eut lieu en Europe, et qui était fondé en grande partie sur l’imitation de l’Antiquité. Nous parlons des renaissances dans le sens des mouvements de retour à la Bible, du 16e siècle à nos jours. La plupart des Églises vivantes doivent leur naissance à un réveil spirituel, une sorte de renaissance s’inspirant de l’Église primitive et essayant de revenir à la simplicité de l’Écriture sainte.

En passant rapidement en revue les différents mouvements, nous en arriverons à la situation actuelle. Ceci nous permettra de voir où nous en sommes et vers où nous allons dans la Belgique d’aujourd’hui.

1. Développement du Protestantisme

a) Au 16e S.

Au 16e siècle naissent 4 grandes dénominations de base qui sont : le Luthéranisme, l’Anabaptisme , le Calvinisme et l’Anglicanisme. Ces 4 dénominations existent toujours aujourd’hui. Nous avons parlé en détail du Luthéranisme et du Calvinisme. Il me reste à dire un mot sur les 2 autres mouvements.

l’Anabaptisme se répandit très rapidement. Un petit groupe de chrétiens proches de Zwingli le désapprouvèrent (attachement à l’état et pédobaptisme). De nombreux chrétiens payèrent de leur vie leur attachement à cette doctrine apostolique. Au niveau doctrinal, ils niaient la prédestination et insistaient sur la nécessité des bonnes oeuvres comme fruit de la justification.

Les Quakers (société des amis) : En Angleterre, Georges Fox (1624-91) fut à la recherche de l’authenticité et rejeta toute hypocrisie. Comme aucun pasteur et aucune Église ne répondait à ses critères, il émula par sa vie droite et ses prédications à la repentance (auditeurs tremblaient d’où le nom ‘quakers’) des milliers de disciples. Notamment William Penn qui s’expatria en Amérique et fonda la Pennsylvanie (forêt de Penn). Leur base de foi est la Bible et n’imposent aucun dogme mais insistent sur l’expérience personnelle.

Les autorités protestantes et catholiques se sont donné la main pour tenter de les exterminer. Menno Simons, un ancien prêtre catholique, se voua au baptême des adultes repentants en Hollande et Allemagne. Par la suite, les Mennonites se sont développés partout en Europe, aux USA… aujourd’hui, ils sont partout (857.000 dans le monde en 1993).

L’Anglicanisme est l’Église officielle d’Angleterre, établie suite à la rupture d’Henri 8 avec Rome. Cette rupture à une raison personnelle (complications conjugales) à l’origine mais bientôt l’Anglicanisme sera influencée par les idées humanistes, luthériennes et calvinistes. Après 20 ans de mariage, il voulut répudier sa femme, Catherine d’Aragon. En 1534, le Parlement promulgua l’Acte de suprématie proclamant le roi « seul chef suprême sur terre de l’Eglise d’Angleterre ». Le pape l’excommunia. L’Anglicanisme apparaît comme une voie moyenne entre le catholicisme, dont elle conserve les formes extérieures du culte, la hiérarchie ecclésiastique, et le protestantisme, dont elle maintien les grands principes doctrinaux : la Bible comme seul fondement de la foi, la gratuité du salut par la foi seule, etc. C’est sans doute par cette position particulière que l’Anglicanisme joue un rôle particulier dans l’œcuménisme. (Tyndale, un humaniste, traduira le N.T. en anglais et mourra martyr à Vilvorde en 1536.). Aujourd’hui, on y trouve 3 tendances dans la même organisation ecclésiastique : La « Haute Eglise » est catholique par sa doctrine et son ritualisme. La « Basse Eglise » se rapproche des Protestants dissidents évangéliques. Enfin, « l’Eglise Large » est moderniste.

b) Au 17e S.

Le Piétisme (sobriquet) est un mouvement qui se développe à l’intérieur des Églises de la Réforme. Ils s’organisent en groupes fraternels (conventicules). Il a la piété à cœur, la repentance et le pardon et la séparation d’avec le monde. L’Alsacien Spencer (1635-1705) en est l’initiateur. Il avait des influence mystiques, réformées et puritaines. Ce Réveil est une réaction contre l’orthodoxie morte. Il a fait un bien énorme.

Le Baptisme : Trois particularités : Ils refusent de baptiser les enfants, sont de constitution congrégationaliste (l’Eglise est responsable de sa foi et de la nomination de son pasteur et sont regroupés en une fédération) et veulent la séparation de l’Eglise et de l’Etat + liberté de religion pour tous. On en trouve des racines au début du 17e siècle avec la communauté de John Smith. Ils se séparèrent en 2 branches : les ‘généraux’ de tendance arminienne comme Wesley et les ‘particuliers’ de tendance calviniste comme Whitefield. A la fin du 17e siècle, John Bunyan, persécuteur de catholiques et de dissidents fut emprisonné et écrivit le voyage du pèlerin (p-ê livre le plus répandu après la Bible). William Carey devint un missionnaire renommé. Charles Spurgeon (1834-92) est un célèbre prédicateur en Angleterre, d’origine anglicane, il fut dans la lignée des Puritains et devint méthodiste. Les différentes associations et fédérations évangélisent beaucoup. Au 20e S., on peut encore citer les noms de Ruben Saillens (orateur et poète), Martin Luther King (USA contre racisme) et Billy Graham (évangéliste de renommée mondiale). C’est la plus importante dénomination des USA. Ils sont plus de 25 millions de membres aujourd’hui.

Le puritanisme : Les puritains visaient  à purifier l’Église anglicane de ce qui restait du « papisme », en l’émancipant de la tutelle de l’État, en remplaçant le régime épiscopal (direction par des évêques) par le régime synodal (assemblée de pasteurs et laïcs délégués des consistoires paroissiaux ou régionaux), et en supprimant les fêtes et les cérémonies. Ils étaient rigidement calvinistes en doctrine et en morale1 . Les premiers indépendants sortent de là.

Les Quakers (société des amis) : En Angleterre, Georges Fox (1624-91) fut à la recherche de l’authenticité et rejeta toute hypocrisie. Comme aucun pasteur et aucune Église ne répondait à ses critères, il émula par sa vie droite et ses prédications à la repentance (auditeurs tremblaient d’où le nom ‘quakers’) des milliers de disciples. Notamment William Penn qui s’expatria en Amérique et fonda la Pennsylvanie (forêt de Penn). Leur base de foi est la Bible et n’imposent aucun dogme mais insistent sur l’expérience personnelle.

c) 18e S.

Ce siècle est caractérisé par le rationalisme (Descartes, Leibniz…). La raison humaine est exaltée oubliant qu’elle est corrompue par le péché. La tolérance est de plus en plus prisée sauf en France (révocation de l’édit de Nantes jusqu’à la Révolution en 1789) et d’autres pays. Toutefois, le rationalisme n’empêcha pas l’éclosion de puissants Réveils. Celui de Nouvelle-Angleterre vit 20% de sa population passer par la conversion. Le principal artisan fut le calviniste Jonathan Edwards (1703-58), ainsi que son collaborateur Whitefield. Ils contribuèrent aussi au Réveil en Angleterre. Le Réveil méthodiste eut lieu en Angleterre et Wesley en fut un instrument important. A la fin du 18e S., le rationalisme fit faillite de l’intérieur et aussi par les Réveils.

Les Frères moraves (Allemagne) ont des racines avec la Réforme de Jean Hus (1415). Ce mouvement doit son origine au comte Zizendorf (1700-60), formé dans un collège piétiste à Halle. Ils étaient résolument missionnaires. Idée dominante de fraternité chrétienne et d’amour (contrairement à Luther et Calvin qui combattaient les erreurs romaines).
Le Méthodisme : John Wesley (1703-91) était fils de pasteur anglican et petit-fils de puritain. Ils rencontre des Moraves à la foi rayonnante. Il découvre le salut par la foi que Luther proclamait, se met à prêcher au peuple et… reçut l’opposition de son Église anglicane. Sa foi est foncièrement calviniste sauf au sujet de la prédestination. Il attachait une grande importance à l’expérience de la vie sainte, comme conséquence de la justification. Le Méthodisme est plutôt de type épiscopal (évêques) aux Etats-Unis et presbytérien (dirigée par des ‘super-intendants’) en Angleterre. Après la mort de Wesley, les sociétés méthodistes s’érigèrent en Églises dissidentes. Au 19e S., Charles Cook propagea le Réveil méthodiste en France. Les Méthodistes seraient actuellement plus de 30 millions dans le monde.

d) 19e S.

C’est surtout au 19e siècle que le Libéralisme prend tout son essor à partir de l’Allemagne. Ce mouvement très intellectuel remet en question la Bible et évolue vers la libre pensée. Il reste des cercles fidèles mais les idéologies matérialistes produisent une certaine indifférence. Bonaparte fait de l’Église Réformée française une Église d’État. Les idées de Rousseau prévalent. Une autre caractéristique est l’Église missionnaire.
Le Libéralisme : on peut citer parmi les libéraux : l’Allemand Schleiermarcher, Bultmann, Tillich et A. Schweitzer (théologien, médecin, musicien et missionnaire).
Le Librisme : les Église libres veulent être libres à l’égard de l’État. Le comte A. de Gasparin , Adolphe Monod et d’autres voulurent une Église de professants. Au 19e S., Alexandre Vinet (1797-1847) avait peu de sympathie pour les dissidents mais plaida pour la liberté à prêcher l’Évangile sans la tutuelle de l’État. Il fut nommé professeur de théologie et de littérature à Lausanne mais donna sa démission parce qu’on avait supprimé la profession de foi et que l’État s’ingérait d’une manière abusive dans la vie de l’Église. Il nous a laissé de precieux écrits, notamment sa théologie pastorale. Adolphe Monod (1802-1856) fonda une Eglise Libre à Lyon, après avoir été destitué par le Consistoire parce qu’il ne voulait pas donner la communion aux inconvertis. La fondation des Églises Libres se fait officiellement  en France en 1848 avec Frédéric Monod (1794-1863, le frère d’Adolphe) et le comte de Gasparin.

Les Frères étroits et larges. En Irlande débute un rassemblement de communion fraternelle avec des pasteurs anglicans. Le mouvement s’étend en Angleterre. John Nelson Darby (1800-82) s’y joint en 1829. Insistance sur l’eschatologie (étude des événements de la fin des temps). Tous sont égaux et responsables (congrégationalisme) et croit que l’organisation ecclésiastique est contraire à la pensée de Dieu. Ils se séparent strictement du monde et paraissent peu préoccupés d’évangéliser. Les femmes ne peuvent pas prendre la parole. Dès 1847, il y eut une séparation avec Georges Müler (orphelinats) : c’est ainsi qu’apparurent les Frères larges (aussi congrégationalistes sans pasteurs).

Le Salutisme (Armée du Salut) : Trois facteurs intervinrent : l’exemple de John Wesley (conversion personnelles et sainteté), la misère ouvrière à Londres et l’enthousiasme chrétien pour l’apostolat. William Booth et sa femme Catherine surent fonder des états-majors et conquérir peu à peu les milieux défavorisés de Londres puis s’étendre un peu partout.

e) 20e S.

Le Pentecôtisme : Il s’agit d’un mouvement récent (début 20e S.) qui se développe fort aujourd’hui dans différents milieux : baptiste, méthodiste et surtout des anciens catholiques romains (charismatisme). Ce mouvement est caractérisé par la nostalgie de voir se manifester l’Esprit de l’Eglise primitive avec ses dons spirituels (surtout le parler en langues et des guérisons). Le pasteur Ch. Parham (Kansas) découvre le don de l’Esprit et fonde des groupes de prière à domicile recherchant la même bénédiction : ils s’appellent ‘les Assemblées de Dieu’. En 1907, le méthodiste Barratt introduit cela en Scandinavie. Evan Roberts (1878-1933) au pays de Galles (Réveil qui dura 4 ans).

L’Œcuménisme : Les premiers jalons furent posés au début du 20e S. mais le Conseil Oecuménique des Églises fut fondé en 1948. Il représente 190 communions différentes. Pour en faire partie, il faut croire en Jésus Dieu et Sauveur (mais chacun l’interprète comme il veut). L’Église catholique romaine n’en fait pas partie mais entretien des contacts.
Conclusion de ce survol : A partir des 4 dénominations de base au 16e siècle sont nés une multitude de dénominations. Ça peut sembler désordonné mais on y retrouve de nombreux point communs : la Bible est la base de foi et de vie, le désir d’en revenir à la simplicité des premiers chrétiens, le retour à une piété entachée par le formalisme, etc. Ce morcellement du protestantisme est la raçon de la liberté et de l’individualisme. Cette diversité répond aux besoins divers des cœurs sans nuire à l’unité réelle qui existe de fait pour tous les enfants de Dieu.

Il y a eu des fusions et des renaissances à l’intérieur de certaines dénominations. Avec le temps, les caractéristiques dénominationnelles ternissent et les mélanges compliquent les choses.
Cette liberté au sein de la famille protestante est une garantie de liberté et d’autocritique contrairement au système pyramidal de l’Église romaine. Il n’y a pas de bonnes ni de mauvaises dénomination : tout dépend de la période où l’on se situe.

2. Situation actuelle en Belgique

On peut regrouper les dénominations et Églises de diverses manières : selon leur type d’organisation, selon leur histoire, selon leur doctrine, etc. Nous choisirons le critère des dénominations (voir tableau 2 commenté par ce qui suit).

Jusqu’il y a peu de temps, seules les Églises de l’EPUB (Eglise Protestante Unie de Belgique en bleu à gauche) étaient reconnues par notre Gouvernement alors qu’elles sont minoritaires. Elles seules avaient son mot à dire en matière de cours de religion protestante, d’aumônerie et d’émission radiophonique et télévisée. Dans ce regroupement, il y a toutes sortes d’Églises, depuis les libérales jusqu’aux évangéliques en passant par des Églises réformées sans oublier l’Armée du Salut.

Depuis le 01/01/03, c’est le Conseil Administratif du Culte Protestant et Evangélique (CACPE en gris) qui administre le culte protestant : cours de religion, aumônerie, émissions radio et télévisées. Ce Conseil est composé de 2 branches : l’EPUB (34 % des Eglises reconnues) et le Synode fédéral (66 % des Eglises reconnues).

Enfin, il reste des dénominations, morceau de dénomination ou Églises Indépendantes qui ne font partie ni de l’EPUB ni du Synode fédéral et qui n’ont par conséquent pas de couverture (elles risquent d’être prises pour des sectes aux yeux de la population et du Gouvernement) et n’auront rien à dire pour l’administration du culte protestant.

Sources :
Annuaire évangélique 2000/2001, éditions Barnabas.
Fédération Évangélique Francophone de Belgique, février 2003.
GABRIEL 2015, édition 1996, Jean-Jacques Lovis.
Avril 2006, site du CACPE

1 J.M. NICOLE, Précis d’histoire de l’Église (ELB : Braine-l’Alleud, Belgique, 1972), p.193.